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Jardins, jardin 2026 - La régénération végétale

  • lthpaysagiste
  • il y a 9 heures
  • 4 min de lecture

Pour sa 20ème édition, l’événement Jardins jardin avait choisi pour thème : « Sans limite ! ».

À travers cet article, j’ai eu envie de revenir sur ce qui m’a inspirée lors de ma visite, entre jardins éphémères, conférences et rencontres.


Retour sur un concept d'Henri Laborit


Lors d’une conférence consacrée à la régénération végétale, une notion a particulièrement retenu mon attention : celle de « l’éloge de la fuite » d’Henri Laborit, évoquée par Alexandre Tonnerre, d’Opus Paysage.


Laborit soutient que nombre de nos comportements sont déterminés par des mécanismes biologiques hérités de l’évolution. Face aux contraintes sociales, au pouvoir, à la compétition ou à la frustration, nous réagissons souvent de manière automatique, sans en avoir pleinement conscience. Selon lui, lorsque l’être humain ne peut ni agir efficacement, ni fuir une situation stressante, il entre dans un état d’« inhibition de l’action », qui peut devenir une source de souffrance psychologique, voire de troubles psychiques.


Chez Laborit, la fuite peut être comprise comme une forme de liberté intellectuelle : prendre du recul face aux systèmes de domination, refuser les conditionnements sociaux qui nous enferment, chercher à comprendre les mécanismes qui gouvernent nos comportements, inventer d’autres façons de vivre et de penser. La fuite devient alors une échappée vers la connaissance et la créativité, plutôt qu’un simple abandon.


En résumé, Laborit explique que, pour gagner en liberté, il est nécessaire de comprendre les mécanismes biologiques et sociaux qui orientent nos comportements, puis de trouver des voies de création et de réflexion permettant de ne pas rester prisonnier des rapports de domination.


L’éloge de la fuite appliqué au paysage 


L’éloge de la fuite nous sert d’abord à sortir d’une opposition trop simple entre agir et ne pas agir.

  • Fuir nos attentes

  • Fuir nos calendriers

  • Fuir nos catégories de propre et de sale, de beau et de négligé, d’utile et d’inutile, d'indigène et de non-indigènes.


L’action peut parfois enfermer.

À force de vouloir résoudre, corriger, aménager, embellir, nous pouvons empêcher les processus qui auraient permis au lieu de retrouver par lui-même une forme de vitalité.


Dans le vivant, la fuite est aussi une stratégie de survie, de déplacement, de transformation. Elle ouvre un ailleurs quand le présent est devenu trop contraint.

Appliquée au paysage, cette notion invite à une forme d’humilité active. Elle nous demande de ne pas confondre soin et contrôle.



Le paysagiste devient moins celui qui impose une image que celui qui accompagne une métamorphose. Il peut s'agir de renoncer à certains nettoyages, ou de concevoir des jardins évolutifs plutôt que des décors stabilisés. Dans un jardin, "laisser faire" peut parfois être la plus délicate des interventions.


Changement climatique et adaptation de la palette végétale


changement climatique, évolution répartition chêne vert (Quercus ilex) Eloge de la fuite

Projection de l’aire potentiellement favorable au chêne vert (Quercus ilex) en Europe selon le scénario RCP 4.5, aux horizons actuel, 2035, 2065 et 2095.

En vert : aire attendue en tenant compte de la dispersion naturelle simulée

En jaune : aire climatiquement favorable mais non occupée en raison des limites de dispersion. Accès données carte


Quercus engelmannii - extrait du guide illustré des chênes de Californie par Jean-Baptiste Bellili, pépinière les Chênes de Caux
Quercus engelmannii - extrait du guide illustré des chênes de Californie par Jean-Baptiste Bellili, pépinière les Chênes de Caux

Face au dérèglement climatique, nous observons déjà le déplacement progressif des aires de répartition de nombreuses espèces vers le nord ou vers des altitudes plus élevées. Pourtant, ces migrations ne sont pas toujours possibles. En Europe, les grands massifs montagneux, la fragmentation des milieux et l’urbanisation constituent autant d’obstacles à ces déplacements naturels.


Création d'îlot de fraicheur. Chêne de Californie

Dans ce contexte, la question est de savoir quels végétaux planter pour les espaces urbains de demain. Le rôle du paysagiste, du pépiniériste, du gestionnaire devient alors celui d’un passeur, capable d’anticiper et d’accompagner ces évolutions.


À l’horizon 2030 puis 2050, Paris devra composer avec un climat plus chaud, des canicules plus fréquentes, des nuits moins fraîches et des sols soumis à des tensions hydriques plus fortes. Selon les projections de Météo-France, le nombre de nuits chaudes pourrait plus que tripler par rapport à la fin du XXe siècle, tandis que les épisodes de sécheresse et les pluies intenses redessineront progressivement les conditions dans lesquelles arbres et espaces publics devront continuer à rendre la ville habitable.








Les jardins seulement 2% du territoire


Les jardins ne sont peut-être pas la part du territoire que nous transformons le plus, mais ils sont le paysage le plus proche, celui sur lequel nous pouvons expérimenter immédiatement une autre relation au vivant. À l’échelle du territoire français, le jardin représente une petite surface : autour de 2 %. du territoire. Le grand paysage façonné par nos choix quotidiens est d’abord agricole. En France métropolitaine les sols sont répartis comme suit : 52 % de terres agricoles, 39 % sols naturels et 9 % de sols artificialisés (selon l’Insee/Agreste pour la période 2019-2021) . Ce que nous mangeons dessine des champs, des prairies, des élevages, des importations (routes, infrastructures), parfois des déforestations lointaines. Réduire notre impact sur le paysage suppose donc de regarder aussi notre assiette autant que notre jardin (terrasse bois, matériaux, culture et origine des végétaux).


Jardins jardin 2026
Structure potagère (conception : le jardin de Gally) « la beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu’à l’âme » Simone Weil

Le jardin est pour moi une brèche dans l’habitation humaine : un seuil où quelque chose du monde non maîtrisé peut encore nous atteindre. Entre nature et culture, le jardin n’a pas à choisir son camp. Il n’est ni nature intacte, ni pur artefact humain. Il est une zone de friction, de négociation, de cohabitation. C’est précisément cette instabilité qui le rend précieux. Dans un jardin, le sauvage n’est pas aboli par la culture ; il la traverse, la dérange, l’assouplit et transforme notre regard.


Même hors-sol, un jardin peut devenir une petite faille dans l’ordre minéral de la ville, (production alimentaire, réduction d'ilôts de chaleur, rétention des eaux de pluies, rapprocher les habitants des cycles du vivant...) Cette structure potagère installée sur un échafaudage apporte une présence concrète du végétal au cœur d'une ville en perpétuelle expansion. Là où l'on attendait cette structure de chantier pour transformer et/ou agrandir une façade, un jardin apparaît.

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